De nos jours, les mises en garde concernant les aliments pollués, artificiels, trafiqués, chimiques, ceux qui abritent des parasites de toutes sortes, ceux qui nous inondent de calories, de lipides, de cholestérol sont si nombreuses qu'une conclusion s'impose : Manger est dangereux !
A toutes les menaces précédentes se sont ajoutées : herbes aromatiques, vignes, pâturages, etc., irradiées par l'accident nucléaire de Tchemobyl. C'est à cette époque que fut écrit, à Montréal, le dialogue suivant, qui n'a pour but que d'apporter une note d'humour a cette situation outrancière...
Le serveur Alonzo Bistro est un mordu de la nutrition et, à défaut de sa cuisine, il dévore nouvelles et ouvrages sur le sujet, ce qui lui permet de mettre son grain de sel quand il sert ses clients.
- Garçon ! Un pastis avec de l'eau et un martini sec.
- Moi ça m'est égal, répond le serveur, mais le pastis et le martini, c'est cent calories chacun !
- Mêlez-vous de vos affaires et apportez-nous une salade verte et un pâté.
- La salade a été, vous vous en doutez, copieusement arrosée d'insecticides et de pluies acides, mais, bien lavée, elle est a peu près mangeable, quoique l'huile d'olive vienne d'Italie...
- Et alors ?
- Tchemobyl, cher monsieur ! Le niveau d'irradiation dans toute l'Europe du Sud est très élevé. Il faut dire que les aromates aussi en ont pris un coup. On prétend que les compteurs Geiger deviennent dingues quand on leur présente un brin de thym !
- Et le pâté ? demande le client, amusé.
- Monsieur me permettra de garder le silence, car j'ai déjà été congédié huit fois par différents établissements pour avoir révélé aux clients ce que contenait le pâté. Toutefois...
- Oui ?
- La tranche de pâté représente 372 calories et renferme beaucoup de cholestérol. Quant aux rillettes, n'en parlons pas: 468 calories aux 100 g ! Sans oublier les nitrites !
- Bon ! Qu'y a-t-il comme plat principal sur le menu ?
- Steak tartare avec cresson, mais je le déconseille...
- Pourquoi ?
- Le cresson reçu ce matin est cultivé, donc pas de risque de fascidose, mais le steak tartare pourrait contenir un Tcenia saginata, dont les inspections, comme monsieur sait, ne détectent que 20 % environ... Je ne sais d'ailleurs si le bœuf a été gonflé au stilbestrol, ou s'il s'agit de vache folle ou de tremblante du mouton. Le lobby de la viande n'a rien communiqué à ce sujet.
- Alors du poisson ?
- D'accord, monsieur, à condition qu'il ne s'agisse pas d'espèces d'eau douce, si riches en mercure que les poissons sont rouges au lieu d'être gris, si bien qu'on pourrait les vendre pour des daurades. Il faut dire que ces denières, au lieu d'être rouges, sont grises à cause de la pollution métallique.
- Alors ?
- Pas de hareng non plus, s'il vous plaìt, car le ver de l'anisakiase sévit, ni d'anguille a cause des BPC. Ni, évidemment, de maquereau, qui contient lui aussi de l'acide domoïque.
- Des moules, alors ? dit le client en s'esclaffant.
- Monsieur plaisante ! Permettez-moi, pour illustrer votre remarque, d'imaginer un gastronome dégustant lesdites moules arrosées d'un bon vin blanc à l'antigel...
- Il ne reste que la volaille !
- Si vous voulez, bien que les journaux indiquaient que la moitié des dindes de Noël (et probablement celles d'après) pourraient être contaminées par les salmonelles.
- Eh bien, rabattons-nous sur du fromage !
- Malgré les cas de listériose concernant certains fromages d'importation ?
- Nous prendrons un dessert... Mais ce gâteau a une drôle de couleur...
- Ce sont les additifs, monsieur, des colorants surtout, et les conservateurs... Mais il n'y a pas à s'inquiéter.
- Pourquoi donc ?
- J'ai lu dans le journal cette semaine que l'Organisation mondiale de la sante, à Genève, avait déclaré que les additifs alimentaires peuvent être bons et utiles.
- Votre restaurant se nomme bien « Restaurant de santé ? »
- Oui, mais on va changer de nom.
- Et comment l’appellerez-vous ?
- Viva la muerte ! »