La fin du service militaire (pour un appelé). La libération (pour un prisonnier).
Dans l'argot des casernes, la quille représente le jour attendu de la fin du service militaire.
D'où vient cette quille?
Première hypothèse :
Les bateaux naguère étaient construits à terre sur un rail en pente, calés par des poutres de bois. Le jour du lancement, ces quilles devaient être abattues à la hache pour que le bateau puisse glisser à la mer. On utilisait pour faire ce travail des bagnards condamnés à perpétuité.
Les dernières quilles étaient les plus dangereuses : les bagnards n'avaient qu'une fraction de seconde pour éviter d'être écrasés par l'énorme masse du bateau en mouvement. Mais ils étaient tous volontaires pour risquer leur peau en échange de la liberté.
Deuxième hypothèse :
Autrefois, lorsqu'on était prisonnier ou bidasse, le décompte des jours restant se faisait à l'aide de bâtons tracés sur des support divers. Il est alors aisé d'imaginer comparer ces bâtons, droits comme des « i » et placés côte à côte, à des quilles qui sont éliminées une par une, jusqu'à ce que la dernière subisse enfin le même sort.
Troisième hypothèse :
En 1936, il était courant pour la hiérarchie militaire, paraît-il, de tenter de limiter les ardeurs sexuelles des jeunes et bouillants appelés en mêlant à leur alimentation du bromure de potassium, produit anaphrodisiaque par excellence. La fin du service militaire était donc, pour les militaires libérés, la promesse du retour d'une véritable et belle érection, une grosse « quille ». L'expression « la quille bordel ! », maintes fois proférée, pourrait d'ailleurs être une confirmation de cette hypothèse, cette virilité retrouvée permettant effectivement d'aller fréquenter avec efficacité un tel lieu de débauche.
On peut encore ajouter trois pistes :
- Vers 1900, le verbe « quiller » signifiait abandonner, quitter ou partir. « Quille » pourrait donc être un substantif tiré de ce verbe pour désigner le départ.
- Il pourrait aussi y avoir un lien avec l'argotique « quille » qui désigne aussi une bouteille (« une quille de roteux »), le genre de récipient que le libéré va enfin s'empresser de vider avec joie une fois son paquetage rendu.
- Enfin, au milieu du 19e siècle, « jouer des quilles » c'était s'enfuir, les « quilles » désignant les jambes. Alors y aurait-il un lien avec ces quilles que l'appelé s'empresse d'utiliser pour fuir son lieu de casernement ?