L’idée universellement admise que « l’amour, ça fait mal » n’est sans doute pas étrangère au succès de cette image, qui traduit un fort penchant pour une personne.

Formé sur le radical expressif « pints » transcrivant une saisie brusque, le verbe « pincer » est dès ses premiers emplois associé aux douleurs de l’amour, comme le montre l’exemple du 12e siècle dans « Le Roman de Troie » de Benoît de Sainte-Maure : « Tant m’a amors pincié et mors ! » (Tant l’amour m’a pincé et mordu !).

On est toutefois intrigué par le pronom personnel « en », qui se glisse dans l’expression à partir du début du 19e siècle.

Il n’est pas sûr qu’il faille le rattacher, comme le fait Duneton, à des expressions qui avaient cours vers 1866, telles que « pincer un rigodon, la guitare ou la chansonnette » qui permettraient d’y voir un rapport avec les cordes d’un instrument qu’on pince lorsqu’on « en » joue (Oudin notant déjà, en 1640 : « pincer un instrument : en jouer »).

Car l’un des spécialistes de l’argot parisien, Rigaud, note en 1888 que « en pincer » signifie « faire partie de, en être » dans le jargon des voleurs.

Et Littré nous apporte la confirmation du succès de la tournure en notant au même moment : « en pincer » (y prendre part, en goûter).

Le pronom « en » aurait donc un sens partitif, l’intérêt qu’on porte à une chose ou à une personne incitant métaphoriquement à en prendre sa part pour se l’approprier.