Etre toujours au travail, en pleine activité.
Le mot « brèche » nous semble familier. Pourtant, on a beau comprendre ou employer l'expression « être sur la brèche », on se demande quelle brèche peut bien être associée à une activité intense.
« Brèche » est un mot d'origine germanique, apparenté à l'anglais « to break » et à l'allemand « brechen », signifiant casser, briser.
Cette idée est présente dans les premiers sens de « brèche », qui désigne d'abord une trouée, une ouverture dans un mur, une clôture, une fortification. Il a désigné ensuite une petite entaille sur un objet, ce qui a produit le verbe « ébrécher ». C'est cette valeur qu'on employait au figuré dans faire « une brèche à la réputation de quelqu'un », l'entamer.
C'est dans le contexte militaire qu'est apparue notre expression. La brèche constituait le point faible d'une ligne de défense. Les soldats « sur la brèche » étaient en première ligne, dans le feu de l'action puis, dans un emploi déjà plus abstrait, toujours prêts au combat, prompts à « s'engouffrer dans la brèche », formule qui s'employait naguère pour « profiter d'un précédent ». Avec le même genre de métaphore, on peut aujourd'hui « monter au créneau ».
Le mot « brèche » est plus connu dans ses emplois figurés que dans son sens concret. Mais les expressions d'origine militaire passées dans le langage courant suggèrent sagement que, même en temps de paix, l'existence est un combat. Alain Rey