Sans rencontrer la moindre résistance, sans difficulté

Bien entendu, ne conservons pas l’explication « le sans cou fait rire »

En contexte guerrier, « entrer sans coup férir dans une ville », c'est y pénétrer sans difficulté. Et l'on atteint un objectif « sans coup férir » lorsque l'on y parvient sans encombre.

Aujourd'hui, « férir » ne se rencontre plus que dans cette expression.

Mais ce verbe avait jusqu'à la Renaissance un sens très concret : « frapper, donner un coup ». C'était pour « férir » que les chevaliers des romans médiévaux dégainaient leurs armes. « Férir la quintaine » c'était s'exercer au combat en prenant pour cible un mannequin fiché sur un poteau.

« Sans coup férir » signifie donc « sans porter le moindre coup, sans combattre ».

Tout chevalier le savait, il est rare de ne rencontrer aucune résistance. Qui attaque un adversaire est susceptible d'être frappé en retour, et d'être « féru », (blessé), de manière plus ou moins métaphorique.

Ainsi, « être féru de quelque chose » à voulu dire dans la bouche d'un médecin « être frappé d'un mal, atteint de quelque pathologie ».

Mais la blessure, conformément à la tradition qui associe l'amour au modèle de la guerre, peut être celle d'un cœur qui saigne et Furetière précise qu'un « cœur féru » est blessé par l'amour. Cette passion excède même le domaine des sentiments : « être féru « d'une idée ou d'un écrivain, c'est s'en enticher.

Ce verbe « férir » aujourd'hui recroquevillé dans une seule expression a donc voyagé du champ de bataille à des spères abstraites.

Il a même traversé les frontières : c'est de l'ancien verbe « s'entreferir », (échanger des coups), qu'est issu l'anglais « to interfère », qui, dans un mouvement inverse, a suscité « interférer ».

L'évolution de la langue suit parfois une ligne sinueuse, faite de chocs et d'interférences, en général sans coup férir.