En fait, « zéro et chiffre » sont deux variantes du même mot arabe « sifr », qui nous sont parvenus, l'une par le latin médiéval « cifra », l'autre par l'italien « zefiro ».

C'est l'invention géniale qui permet au calcul de devenir abstrait.

Concevoir le zéro suppose pour l’homme la capacité de se représenter le « rien », le « vide ». Nous en sommes redevables aux Indiens qui en eurent l'idée vers le 5e siècle de notre ère. Tout naturellement, ils le baptisèrent « sunya » (le vide).

Les Arabes, lorsqu'ils connurent ces nouvelles méthodes de calcul, comprirent très vite les avantages qu'elles représentaient et les adoptèrent aussitôt. Le zéro fut par eux baptisé d'un mot équivalent, « sifr » qui signifie également le « vide ».

Vers les années 800, alors que Charlemagne régnait sur l'Europe, vivait à Bagdad un mathématicien, le Samanide Mohammed ibn Mussa al-Khowarizmi.

C'est lui qui écrivit le premier traité d'arithmétique destiné à vulgariser les méthodes nouvelles du calcul indien. Ce livre -à ne confondre en aucun cas avec les comptes des Mille et une nuits- lui valut une incroyable renommée. Son nom, latinisé en Alchoarismi, puis Algorismi, devint « Algorithme », mot qui servit longtemps en Europe à désigner le calcul inventé par les Indiens.

Au début du 12e siècle, un grand savant italien, Léonard de Pisé, qui avait adopté le nom de Fibonacci, visita le Proche-Orient où il se fit expliquer par les maîtres des mathématiques de l'époque le système numérique arabe et le calcul algébrique. En 1202, à son retour, il rédigea le Liber Abaci, « le traité des abaques».

Il donna au zéro le nom latin de « zephirum », toujours « le vide », mot qui sera utilisé jusqu'au 15e siècle. En Italie, le mot deviendra « zefiro », puis «zéro » en 1491.