« Elle veut tout entendre, tout voir et partout scrute et rôde en aboyant, quand bien même elle ne voit personne. » (Sémonide d’Amorgos)

« Moi, face de chienne », « moi chienne lugubre ». (Jean-Pierre Vernant)

La chienne occupe une place d’exception dans le répertoire métaphorique mondial.

Elle apparaît dans un poème du Grec Sémonide, sept siècles avant notre ère, et se dissémine rapidement sur tous les continents.

Pour la faire taire, on suggère de lui casser les dents.

On la trouve chez Homère sous les traits d’Hélène, première chienne autoproclamée portée par la littérature.

Depuis Hélène, la chienne est « une femme sensuelle et sans moralité », de surcroît insatiable, que ses appétits soient alimentaires ou sexuels.

Les veuves, notamment celles du Second Empire, abhorrent cet animal :

« je ne suis pas une chienne, je ne me mets pas les pattes en l’air quand on siffle ! »

Jusqu’au Niger : « la chienne est une femme dévergondée qui appartient à tous les hommes et qui te trompera toujours ».

Pour le mariage, les anciens du pays recommandent plutôt une « femme-mouton », fidèle et docile, indulgente et peu bavarde, elle a les qualités requises pour l’endurance conjugale.

Métaphore du mépris, elle se combine cependant très bien avec l’érotisme. Elle est à l’honneur chez Jean Renoir, dans un film au titre franc : « La Chienne »

1931 : « C'est l’histoire d’un ménage à trois, composé d’un dindon de la farce (Michel Simon) et d’un julot casse-croûte, « de pauvres hommes », dont Lulu, une petite femme qui a son charme à elle et sa vulgarité personnelle... toujours sincère, elle ment tout le temps ».

Marco Ferreri l’invite aussi dans « La Cagna » (1972) qui veut dire « chienne » et aussi « garce » en italien. A contre-courant de l’idéal émancipateur des années 1970, « La Cagna » est l’histoire d’un homme (Marcello Mastroianni) qui aspire à la solitude et d’une femme (Catherine Deneuve) qui veut prendre la place de son chien. Pour bénéficier de sa laisse, elle tue le canidé.