Poisson au « long corps fusiforme bleu acier et argent, parfaitement adapté à la nage rapide », le thon est récemment entré dans le lexique populaire pour désigner une femme laide et grosse, dénuée de taille.

C’est une insulte contemporaine majeure et irréversible, qui a remplacé « guenon » par sa fréquence. Elle est répandue au Japon, premier consommateur de thon (rouge) du Pacifique. Cet emploi confirme que l’imaginaire se fabrique avec ce qu’il a sous la main, puisant à même les ressources naturelles pour les inscrire dans le langage.

En France, il semblerait que le qualificatif « baleine » ait persisté jusque dans les années 1980. Il ne désignait pas tant la laideur que le surpoids. La baleine pouvait se trouver un peu partout ; dans les faubourgs parisiens ou dans les bocages normands où sa démarche lourde et lente ne passait pas inaperçue ; dans les saunas de stations thermales réputées ou dans de simples piscines municipales, se distinguant ici et là par une nage éclaboussante.

L’extinction de la métaphore semble coïncider avec celle de l’espèce. Son équivalent terrestre, « hippopotame », est quant à lui entré dans les annales musicales après qu’une chanson lui a été consacrée au siècle dernier :

« Ah quel suspens sur mon hippopodame

Avec un D comme dans vas-y mollo

Les ressorts grincent sous l’hippopodame

Mais au-d’ssus j’me sens bien dans sa peau ».

Son emploi s’est depuis raréfié.