Ne rien faire ou perdre son temps
Le 30 juin de cette année-là, les parisiens purent voir pour la première fois une girafe, cadeau du pacha d'Egypte au roi Charles 10. La foule réserva un accueil triomphal à l'animal exotique, qu'on installa au Jardin des Plantes avec un gardien personnel.
Il existe bien une anecdote à propos d'un gardien du Jardin des Plantes où était exposée la fameuse première girafe (en 1827), gardien qui était accusé d'inactivité chronique, aurait répondu : « Je peignais la girafe ».
On peut toutefois, sans grand risque se pencher du côté des pratiques masturbatoires pour expliquer cette locution.
En effet, le long cou d'une girafe peut aisément (pour les dames qui rêvent un peu) être assimilé à un sexe en érection.
Et si l'on se réfère à Boris Vian dans « Vercoquin et le plancton », on constate qu'il y écrit, avec une allusion explicite à la masturbation : « J'ai tellement peigné ma girafe qu'elle en est morte ».
Outre « peigner la girafe » pour désigner ce genre d'activité, on trouve aussi se « polir la colonne » ou « s'astiquer le jonc », toutes locutions contenant des verbes liés au nettoyage.
Mais comment expliquer alors que, de la masturbation, on passe à l'inefficacité, voire à la fainéantise sous-jacente ?
Si je vous traite de « branleur », vous comprendrez tout de suite ! Or branleur, c'est quelqu'un qui se masturbe, mais c'est aussi quelqu'un qui traîne, qui ne fait rien.
On constate effectivement qu'il y a une assimilation très fréquente entre celui qui pratique l'onanisme à tout va et celui qui n'a aucune occupation utile, celui qui pratique l'oisiveté avec ardeur.
Pour confirmer cette relation sémantique, il suffit de se pencher sur le terme « peigne-zizi », très proche de notre expression, et qui, depuis longtemps dans le parler franc-comtois (mais peut-être ailleurs aussi), désigne un individu sur lequel on ne peut pas compter.
Donc si, à l'origine, celui qui peignait la girafe, c'était celui qui se masturbait, par glissement sémantique habituel, c'est devenu celui qui ne fait rien d'utile, qui glande, qui traîne, qui n'en fout pas une rame.