Se contenter d’un succès et ne plus agir.

Si quelqu'un, fort d'un premier succès, « s’endort sur ses lauriers », ce n'est pas qu'il trouve le repos sur un lit de feuilles aromatiques : on ne prête au laurier aucune propriété anesthésiante, aucune vertu dormitive, pour parler comme les médecins de Molière.

Le laurier est l'arbre consacré à Apollon. Dans la mythologie grecque, le dieu poursuivait de ses ardeurs la nymphe Daphné, dont le nom signifie en grec « laurier » Pour lui échapper, elle demanda l'aide de Zeus (son père), qui la transforma en arbuste. À défaut de voit triompher son amour, Apollon s'appropria l'arbre.

Souvent représenté sur la lyre du dieu, le laurier est consacré à la poésie et au chant, et récompense la valeur et la vertu. Tressées en couronnes, les feuilles de laurier ceignent le front des poètes célébrés, des athlètes victorieux, des guerriers vainqueurs et de tous les « lauréats » (du latin « laureatus » (couronné de lauriers).

La récompense est devenue le symbole du succès. Ainsi, la victoire voit le héros « couvert de lauriers ».

Au 17e siècle, celui qui avait connu la gloire pouvait jouir d'un repos bien mérité et se reposer « à l'ombre de lauriers ».

L'expression s'est modifiée en « se reposer sur ses lauriers » et son sens s'est restreint. Du repos mérité à la satisfaction qui empêche l'action, il n'y a qu'un pas. Ainsi, se repose-t-on sur ses lauriers quand, fort d'une première victoire, on ne veut plus fournir d'effort et on se contente de jouir des bénéfices du succès passé. Ce qui peut être dangereux car la gloire est parfois éphémère. Ainsi, dans /e Cid de Corneille, Don Diègue, ce personnage âgé, honoré, respecté, se lamente de « voir en un jour flétrir tant de lauriers » pour avoir reçu un soufflet, affront humiliant.