Appeler les choses par leur nom. Être franc et direct.
À notre époque où le politiquement correct outrancier impose des circonvolutions langagières parfois difficiles à comprendre, on a de plus en plus de mal à « appeler un chat un chat ».
Et, dans le cas de notre expression, ce serait pourtant nécessaire, voire indispensable, car, bien qu'on l'ait maintenant oublié, cette expression a son origine en dessous de la ceinture.?
En effet, ce qu'on appelle aujourd'hui argotiquement une chatte, s'appelait autrefois un chat, en désignant d'abord la toison pubienne, car il ne faut pas oublier que c'est un endroit qui, comme le félin, est velu et se laisse volontiers caresser, sans négliger la très probable influence de l'homonyme « chas » comme celui de l'aiguille, qui désignait un trou ou une fente.
S'il a existé une vieille locution qui disait déjà « il entend chat sans qu'on dise minet », locution jouant volontairement sur le sens équivoque des deux désignations du petit félin.
C'est Boileau qui a figé la forme actuelle dans un vers de sa première Satire « J'appelle un chat un chat et Rollet un fripon » (ce Rollet était un procureur véreux).
Au 17e siècle, un écrivain chinois racontait qu'un dignitaire de la cour nommé Kii possédait un chat superbe. Il en était très fier et l'avait nommé « HU » (Tigre).
Un jour, des amis qu'il avait invité chez lui, en vinrent à parler de ce chat.
L'un d'eux s'écria :
- Le tigre est puissant, c'est certain, mais le dragon l'est bien plus encore, pourquoi n'as-tu pas appelé ton chat « Dragon » (Lung) ?
Un autre ami intervint :
- J'admets que le dragon est plus puissant que le tigre, mais il doit s'élever dans les airs pour atteindre les nuages. Il me paraît donc évident que les nuages sont plus puissants que le dragon. Pourquoi n'appelles-tu pas ton chat « Nuage » (T'ien ) ?
Un troisième prit la parole :
- Les nuages sont capables de couvrir tout le ciel, mais ils cèdent au vent qui les disperse en un instant. À ta place, j'appellerais ton chat « Vent » (Fêng).
Le quatrième invité remarqua :
- Mais que peut le vent contre un mur de pierre ? Il serait préférable d'appeler ce chat « Mur » (Ch'iang).»
Un cinquième se récria :
- Si le mur est capable de résister au vent, les souris, elles, sont capables de creuser des trous dans le mur. Voilà le nom qui convient à ton chat : appelle-le « Souris » (Chu).
Un vieil homme du village écoutait en silence cette conversation. Lorsqu'ils eurent fini, il leur demanda, ironiquement :
- Mais qui donc tue la souris ?
Finalement, le chat fut nommé Mao, c'est-à-dire... « Chat » !