Être dans le besoin, la misère.

Si vous n'arrivez pas à vous sortir du « pétrin », certains qui n'envient pas votre sort, diront que vous êtes dans la « panade », c'est-à-dire dans la misère.

Il est vrai que « panade », mot emprunté au provençal « panado », dérivé de « pan », équivalent occitan de « pain », désigne dès son apparition, au 16e siècle, une soupe bien modeste faite de pain, d'eau et, quand on en avait, de beurre auxquels on ajoute, en guise de liant, un jaune d'œuf (voire du lait ou de la crème).

La panade est signalée comme un plat destiné aux malades par Montaigne, qui décrit dan ses « Essais », non sans ironie, « les médecins mangeant le melon et buvant le vin frais, cependant qu'ils tiennent leur patient obligé au sirop et à la panade ».

Pourtant fortifiante, cette bouillie se prête aussi à des métaphores négatives, qui tiennent autant à sa consistai e pâteuse qu'à ses ingrédients, typiques de jours difficiles On a vu dans les années 1830 « panade » désigner ave< mépris un homme mou et sans énergie. Mais c'est au sein de l'expression « être dans la panade », apparue à la fin du 19e siècle, que le mot survit aujourd'hui, sous l'influence du sens de « misère » ou de « manque d'argent » que recouvvrait le mot « panne ».

Le langage familier a gardé d'autres métaphores culinaires de la pauvreté, comme « être dans la purée », autre plat peu coûteux et qui peut évoquer l'idée d'enlisement, la plus proche de la panade est incontestablement la « mouise », cette soupe de mauvaise qualité, venue de l'allemand « Mus » (bouillie, purée), et qui a même pu un temps renvoyer aux excréments.

Car les situations les plus difficiles sont celles où l'on s'empêtre, et qu'on a du mal à digérer. Qu'on songe aux synonymes argotiques de la malchance, véritable menu où l'on est invité à choisir selon son appétit : bouillabaisse, confiture, marmelade, moutarde, sirop, jusqu'aux plus qu'indigestes poisse ou goudron !