Quand deux personnes sont « en bisbille », elles sont fâchées l'une contre l'autre, mais leur querelle ressemble davantage à une dispute d'enfants qu'à une crise diplomatique : la brouille est passagère et de peu d'importance.

La futilité du motif semble se manifester jusque dans les sonorités de « bisbille » : telle une « brouille » pour un sac de billes, ou une « bouderie », ce mot ne laisse entendre ni cris ni coups, plutôt quelque « broutille », et qu'on « bredouille » des reproches pour marquer son mécontentement.

Il sonne comme un bourdonnement, ce que confirme son origine : « bisbille » est un mot emprunté à l'italien « bisbiglio » qui veut dire « murmure ».

Le glissement de sens du « murmure » à la « dispute » se devine : « murmure » signifie aujourd'hui « chuchotement » et « bruit léger et doux», mais son sens originel est « grondement, bourdonnement ». On parlait ainsi des « murmures » d'une foule en colère.

L'expression souligne à quel point la querelle sonne faux. Non seulement elle est vaine, mais, comme le rappelle George Sand dans « La Petite Fadette », elle peut même être inventée de toutes pièces : « Si quelque badaud s'étonnait de les voir en bisbille, ils se cachaient pour rire de lui, et on les entendait babiller et chanter ensemble comme deux merles dans une branche. »

La bisbille est une querelle sans lendemain, une querelle de comédie. On ne s'étonnera donc pas que le mot nous soit venu du pays qui vit naître la commedia dell'arte et l'opéra bouffe, ces spectacles qui mettent en scène d'innombrables disputes, aussi sonores que légères. Alain REY