A bien y regarder, cette expression a quelque chose d'étrange.
Aucun des mots qui la composent n'est sorti d'usage, surtout pas « amende ».
Chacun s'est déjà vu coller un de ces maudits papillons valant contravention sur le pare-brise de sa voiture mal garée. De même, il n'y a pas de confusion possible avec le fruit à coque, l'amande, dont le nom s'écrit avec un a. Alors d'où vient cette étrangeté ?
La bizarrerie tient au fait que l’amende ici n'est ni amère, ni douce, ni administrative, ni fiscale, mais « honorable ».
Faut-il comprendre que cette « amende », telle une mention d'examen, est « passable », c'est-à-dire ni trop sévère, ni trop clémente ?
Point du tout. L’ « amende honorable » était sous l'Ancien Régime une peine morale. Elle renvoyait à un châtiment infamant : le coupable devait aller en place publique reconnaître sa faute. L'amende était « honorable » car elle atteignait l'honneur : en déshonorant le condamné, elle lui faisait payer pour la faute morale qu'il avait commise.
On distinguait « l'amende honorable sèche » de « l'amende honorable publique », selon la gravité de la faute : dans le premier cas, le coupable devait s'amender (se corriger) lors de l'audience, à huis clos.
La punition était donc moins infamante que dans le cas de l'amende honorable publique, qui obligeait le condamné à demander pardon au tribunal, en présence de la foule et souvent devant une église.
Et si le condamné était nul en orthographe, que cette amende fût sèche ou publique, il pouvait penser : « Quelle sanction à la noix ! » (Alain Rey)