Dans des conditions favorables

Voilà une expression qui inspire la sympathie - à condition toutefois de ne pas confondre le mot « auspice » avec son homonyme « hospice », bien moins réjouissant.

Il ne s'agit pas de maladie, au contraire !

Lorsqu'un projet se présente « sous les meilleurs auspices » ou « sous d'heureux auspices », nous sommes en confiance. Nous savons que le ciel est dégagé, qu'aucun nuage ne devrait ternir nos perspectives d'avenir.

Car c'est bien de ciel qu'il s'agit : le mot « auspice » vient du latin « avis », (oiseau) et « specere », (regarder). L'auspice est donc, étymologiquement, le fait de scruter le vol des oiseaux et, en général, leur comportement.

Le français n'utilise plus le vocable qu'au pluriel : en matière de prédiction sur l'avenir, il est sans doute plus prudent de prendre son temps et d'interpréter plusieurs auspices plutôt qu'un seul... On préfère aussi les bons aux mauvais auspices : au 14e siècle déjà, « auspice » signifiait « heureux présage ».

L'expression moderne a renforcé ce penchant, en ne retenant que le superlatif de « bon ». À l'époque de Rousseau, les auspices pouvaient encore être « funestes, même si le sens des «heureux auspices» était déjà dominant. Mais Jean-Jacques n'était pas toujours pessimiste, et décrit dans Y Émile «deux jeunes époux, unis sous d'heureux auspices ».

Toute compétence pour interpréter le vol des oiseaux s'étant perdue, nous parlons aujourd'hui d'heureux auspices lorsque nous évaluons favorablement une situation. En cas de déception, nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes : si la situation se gâte, ne blâmons ni le destin ni les oiseaux. (Alain REY)