Prendre des risques inconsidérés, se mettre en danger.

La notion peut étonner, vu que d’ordinaire c’est le diable qui passe pour être le tentateur. Ce serait renverser les rôles, n’y aurait-il pas ici de la provocation ?

Renvoyer le diable à sa nature, l’exciter, le tenter au fond.

Cette prétention ne serait-elle pas en elle-même une manière de tenter le diable, prendre des risques, se perdre dans un cheminement hasardeux ?

  • Dans le prologue du livre de Job, c’est Dieu qui tente Satan :

Yahvé : « Connais-tu Job, mon serviteur, juste, intègre qui craint Dieu et se garde de tout mal ».

Satan : « Étends la main et touche à ses biens, je te jure qu’il te maudira en face » !

Yahvé : « Soit ».

Dieu autorise, excite Satan, qui n’en attendait pas tant ! Et ceci à deux reprises dans le texte, car Job ne maudit pas Dieu !

  • Dans Le prologue du « Faust » de Goethe, c’est le Seigneur qui incite Méphistophélès :

Le Seigneur : Connais-tu Faust, mon Serviteur ? il me cherche absolument dans l’obscurité »

Méphistophélès : « Voulez-vous gager que celui-là vous le perdrez encore »

Le Seigneur : « Autant qu’il vivra sur la terre, il t’est permis de l’induire en tentation »

Méphistophélès : « Je vous remercie »

Le Seigneur : « C'est bien, je te le permets, écarte cet esprit de sa route ».

Là encore, Dieu tente le diable alors qu’en général tenter est l’apanage du diable ! il y a de quoi s’arrêter quelque peu !

Car, « tenter » c’est inciter quelqu’un à faire le mal, « inciter à » ... en éveillant une envie, un désir (directement, ou en enjôlant, en endormant le sens du jugement…d’une manière déguisée… ce qui donnera induire en tentation)

Le Diable (ou Satan, ou le démon, Belzébuth, l’Adversaire, le Dragon), non pas particulièrement dans le sens religieux, judéo-chrétien, si ce n’est parfois par allusion ou illustration.

Le diable, comme figure de ce qui divise, désunit, ce que dit le mot, l’incarnation du mal (Satan, l’ange déchu, Lucifer, porteur de lumière). Ce qui peut faire mal, apporter des effets néfastes, dangereux, destructeurs, ce qui porte préjudice, la mort, risque suprême.

« Tenter le diable » : entreprendre de se comporter en diable, ou plutôt : prendre le risque d’inciter quelqu’un ou soi-même à commettre des actions répréhensibles, risquées, dangereuses.

Inciter, exciter le désir de quelqu’un à commettre de telles actions, prendre des risques, susciter les convoitises, qui fait désirer de commettre une action répréhensible…inciter le diable à se comporter en diable, à faire son travail de diable, à se mettre en position, en posture de…

Chercher volontairement ou involontairement, consciemment ou non, à pousser à la faute (soi-même ou un autre, ou les deux). Comme si le diable avait besoin de cette incitation pour accomplir son œuvre !

C’est en rajouter, s’en faire complice ! exciter chez l’autre, en l’occurrence le diable, ce qui est conforme à sa nature, va dans le sens de ses désirs, sa logique naturelle...faire du mal !