Une revanche légitime, œil pour œil, dent pour dent
Il est difficile de situer avec précision la naissance de cette expression.
En effet, sa tradition verbale remonte sans aucun doute à une antiquité aussi lointaine que joyeuse, avec probablement la naissance des boissons alcoolisée.
D'après Epicure, qui connut à l'époque un grand succès avec ses idées spiritueuses, l'expression viendrait de son disciple Hermarque. Alors, n'ayant pas de trace écrite d'une quelconque antériorité, nous nous contenterons de celle-ci.
Un jour de beuverie, donc, alors qu'Epicure s'était mis la tête de sa vie avec la vinasse de Mytilène et revenait de sa troisième vidange buccale, son ami Hermarque lui resservit un verre et aurait eu ces mots : « Allons mon ami, tu ne vas pas déjà te laisser abattre. Chaque verre rendu n'est rien d'autre qu'un nouveau prêté ».
Et ils se félicitèrent grassement de ce fin calembour, l'alcool aidant, avant de souiller leur toge en soulageant leur vessie. Peu de temps après, ils s'endormaient pour ne se sortir de sous la table que bien plus tard le lendemain. Pendant plusieurs jours par la suite, à chaque fois qu'il arrivait malheur à une de leurs connaissances, les deux compères lui rétorquèrent : « N'aies point d'inquiétude camarade, ce n'est qu'un prêté pour un rendu ». Et de rire de nouveau devant un visage que l'incompréhension dénue de toute expression, par opposition à leur propre réflexion. Puis, ils expliquaient au malheureux la signification de toute la farce, en n'oubliant pas d'en mentionner l'origine, ce qui avait pour vertu de détendre automatiquement l'atmosphère. Le peuple s'appropria très rapidement la tournure et la fit transcender les âges jusqu'à nous
Pour aller plus loin :
Bien souvent, on croit que l'expression concerne les bibliothèques, dans lesquelles on ne peut emprunter un ouvrage qu'à partir du moment où on en rend un. Ce qui est parfaitement idiot. Comprenez bien : les bibliothèques sont déjà des lieux semi-désertés. Alors, si l'une d'entre elle imposait à tout un chacun de rendre une œuvre avant d'en emprunter une autre, elles attireraient moins de monde encore !
Imaginez-vous de devoir acheter un livre en librairie dans la seule optique d'aller le rendre à la bibliothèque pour pouvoir en prendre un autre en échange. Pourquoi ne pas directement acheter l'ouvrage que vous désirez dès le départ ? Tout ceci est bien évidemment absurde, et ces exigences invraisemblables ne sont à ma connaissance appliquées nulle part.