Vite fait, bien fait
Sido, la mère de Colette, dans Maison de Claudine, s'interroge à propos de l'avenir d'une petite du village qui a « fauté ». Une voisine lui répond aussi sec : « Comment, ce qu'ils vont faire ? Les marier en cinq sec, naturellement ! » Autrement dit, les noces doivent être célébrées dans les plus brefs délais.
Que la voisine ne soit pas à sec de ragots sur les cinq à sept de la jeune fille d'à côté, on comprend cela. Mais au sujet de l'expression qu'elle utilise, on y voit moins clair. Faudrait-il, au nom des bonnes mœurs, les marier en cinq secondes ?
Non pas ! Le mot sec a toujours eu de nombreux sens. On qualifie de sec une chose, un lieu dépourvus d'humidité, mais aussi quelqu'un qui ne boit pas, une personne maigre, au figuré indifférente, ou encore un style sans émotion.
L'expression en « cinq sec(s) », apparue il y a environ 120 ou 130 ans, provient d'un univers qui n'a cure du taux d'humidité : les tables de jeu. À l'écarté, jeu de cartes en vogue à cette époque, on joue une partie en cinq points, qui sont soit liés, soit secs.
Si l'on décide de jouer en points liés, on joue en deux manches de cinq points avec éventuellement une belle. Si l'on choisit l'autre manière, un des joueurs remportera la partie en une seule manche, sans revanche possible, donc très rapidement, « en cinq secs ».
Devenu adverbe au moment où l'expression est passée au figuré, notre « sec », n'étant plus adjectif, a perdu le « s » du pluriel.
Le cinq n'est pas seul à pouvoir être sec, et tout chiffre sec est, en matière de délai, une menace. Alain Rey