Être très âgé
On emploie souvent l'adjectif « canonique » pour qualifier l'âge d'une personne dont on n'oserait dire trop franchement qu'elle est vieille. Aussi ne parle-t-on jamais d'âge canonique quand on parle d'un « canon de beauté », plus souvent associé à la fraîcheur de la jeunesse.
Pourtant l'origine de ces deux mots est la même. L'adjectif latin « canonicus », (conforme aux règles), vient du grec « kanon », qui désigne à l'origine une baguette droite, souvent en jonc (kanna, qui a aussi donné canne), qui pouvait servir de règle.
Le sens figuré est devenu métaphorique : de la règle, objet rectiligne, on est passé à la règle en tant que norme à respecter.
Le canon de beauté correspond aux normes esthétiques de chaque époque. En revanche, le rapport avec « l'âge canonique » est moins évident. Ici, l'adjectif signifie précisément « conforme aux canons de l'Église » : l'âge canonique, c'était l'âge requis pour exercer certaines fonctions dans l'Église, notamment celle de domestique féminin.
La bonne du curé ne devait pas tenter son employeur et le faire déroger à la règle du célibat. On décida (c'était du « droit canon ») qu'elle aurait au moins quarante ans, âge de la maturité, au-delà duquel les plaisirs de la chair étaient, en ces temps éloignés où la vie était brève, moins tentants.
Heureusement, aujourd'hui, on peut être « canon » jusqu'à un âge avancé, et l'expression « âge canonique » est le plus souvent employée pour parler d'une personne très âgée, sans plus de prêtre à tenter.