Faire la quête, mendier
« Bonjour Mesdames et Messieurs, pardonnez-moi de vous déranger pendant votre trajet, si je fais la manche ce n'est pas par plaisir... » Tel est le fond sonore de nombreux trajets en métro, à Paris et ailleurs.
Dans un contexte moins désolant, un musicien, un acteur ou un jongleur de rue fait aussi la manche en présentant après son spectacle, un chapeau à remplir, et dans ce cas, il fait la « quête », du verbe « quérir » (demander).
Coup de théâtre. L'expression a des origines fort nobles, chevaleresques même. Au temps de l'amour courtois lorsqu'une dame choisissait le champion qui aurait l'honneur de jouter pour elle au tournoi, elle lui offrait parfois une manche de sa robe que le preux paladin attachait à son heaume.
Dans « Perceval ou le Conte du Graal, Chrétien de Troyes relate l'histoire de la Pucelle aux Petites Manches qui, pour s'opposer à Mélian, le champion de sa méchante sœur, choisit le chevalin Gauvain à qui elle remit une manche longue et large taillée dans une pièce de soie vermeille. C'est ce qu'on appelait « défendre les couleurs » de sa dame.
C'est ainsi que « manche » prit le sens de « gratification, cadeau »,
A la Renaissance, époque d'échanges intenses entre la France et l'Italie, le mot franchit les Alpes sous la forme « mancia » (pourboire, aumône), qu'on doit prononcer « mantcha ». Il fut réintroduit en français, avec sa forme d'origine, à la fin du 17e siècle.
La formule « faire la manche » appartenait alors à l'argot des saltimbanques et des mendiants, avant de se généraliser.
Notre expression, qui fait le grand écart entre le héros courtois et le SDF, a donc pour origine la partie du vêtement appelée « manche » qui, tout comme le « manche » du balai, vient du latin « manus », (main).
Mais entre « le manche » et « la manche » (qui peut être un bras de mer), c'est une « autre paire de manches ».